Je suis partie avec beaucoup de rêves, pas toujours conscients, qui venaient, pour une part, de mes lectures d’enfance, Rudyard Kipling notamment – en sachant que ces lectures décrivaient une Inde de la fin du 19 e siècle ; pour l’autre part, des rencontres « spirituelles » que j’ai faites, à partir de mes 35 ans, avec des personnes (pour la plupart dans la mouvance d’Arnaud et/ou Denise Desjardins) qui avaient voyagé en Inde. … pour moi, l’Inde était donc, à la fois un pays magique et le pays de la spiritualité (ne me demandez pas ce que j’entends par là, je vous en prie, j’ai des notions un peu confuses).
Il y a eu les gens qui m’ont prévenue, ma sœur qui m’a prédit (avec une satisfaction sous-jacente) que j’allais recevoir un choc terrible à cause de la misère, d’autres qui m’ont prédit que je ne pourrais rien manger à cause de la nourriture épicée, mais que ça ne serait pas vraiment un inconvénient puisque de toutes façons j’attraperais la tourista, plus le palud ou le chicoungounia avec ces moustiques tropicaux tapis dans la moindre flaque d’eau, prêts à se jeter avidement sur ma peau tendre de touriste.
Et puis le fait que je ne suis toujours pas arrivée à lire trois lignes de Sri Aurobindo, le bouquin me tombe des mains, j’avais essayé il y a une quinzaine d’années, et puis nouvel essai quelques mois avant de partir … je trouvais ça un peu gênant, un genre d’impolitesse, puisqu’on allait justement voir l’ashram de Sri Aurobindo à Pondichery
Bref, tout pour un voyage douteux
Eh ben non, c’était un voyage réussi
Même un voyage parfait.
J’ai pas été malade.
Dans les rayon de nos visites, trois ou quatre cent kilomètres autour de Pondichery, donc un tout petit bout de l’Inde du Sud : je n’ai vu que merveilles ; des campagnes avec des rizières et des cocotiers et des paysans qui mènent tranquillement leurs chars tirés par deux boeufs blancs aux cornes peintes, des femmes soignées avec leurs saris aux couleurs éblouissantes, leurs bijoux en or, des guirlandes de jasmin dans leurs cheveux magnifiques,(Dieu merci, les jeunes filles s’habillent très rarement en jeans) - même pour balayer les rues - y compris parfois celles qui mendiaient – des gamins aux sourires ravageurs qui m’ont demandé de les photographier, des peintures à la craie extraordinaires devant le seuil de maisons, peintures de poussière destinées à disparaître deux ou trois jours plus tard, emportées par le vent ; la nourriture était délicieuse ; les deux ou trois moustiques que je n’ai pu éviter malgré mes précautions (essence de citronnelle et autres lotions répulsives) n’étaient porteurs d’aucune épidémie ; j’ai rencontré des gens sympathiques, souriants,ouverts, avec un niveau de vie qui n’atteint certes pas le nôtre (mais sont-ils plus malheureux s’ils n’ont pas de télé à écran large et de cuisine Mobalpa) j’ai vu dans la rue quelques mendiants mais pas plus qu’en France, (par contre, plus amochés) ; non, je n’ai pas vu d’enfants avec des ventres gonflés par la faim.
D’accord, les Indiens vont avoir à gérer des problèmes de pollution, sonore et polllution de l’eau et pollution de l’air, - on connaît ça, nous, non ?
D’accord, je n’ai vu que la surface – en trois semaines ! je lisais récemment un bouquin d’Anita Nair, Compartiment pour dames, il y a plusieurs pages fort amères sur les kolams, ces magnifiques dessins dont je parlais … entre autres …
Encore plus d’accord, je n’ai vu qu’un minuscule bout de caillou d’un petit bout de chemin enroulé autour de Pondichery, et c’est une erreur d’en tirer des conclusions. Je tire pas des conclusions, j’ai juste ramassé une petite pierre vraiment belle, et je la montre à tout le monde
Les rencontres organisées à Pondichery et à Auroville étaient passionnantes ; je les ai toutes appréciées, même si je n’ai pas eu le temps d’expérimenter le « yoga des yeux » ni la médecine ayurvédique ; il y avait, à ce qu’il m’a semblé, un peu plus de langue de bois à Pondichery, plus de sincérité à Auroville.
Comment ça s’est passé, concrètement ? Il y a eu – ça aussi c’était vraiment bien programmé – d’abord quelques jours de tourisme, forcément on en prend plein les yeux, on est curieux ; et puis, l’intégration du shopping dans le séjour – on a envie de toutes, toutes, toutes les belles choses qu’on voit là bas (personnellement je suis dingue des bijoux, mais il y a aussi les vêtements si pratiques, si raffinés, et puis les parfums,, les sandales, les sculptures, tout ça vraiment pas cher pour nous qui sommes habituées aux prix ici)
Mais surtout il y a eu les cours de yoga dans le petit jardin près de la mer, tôt le matin.
Et les séjours « spirituels », à Pondichery (l’ashram de Sri Aurobindo et de Mère) et à Tiruvannamalai, des lieux où je me suis sentie accueillie, acceptée (je le répète, je n’ai pas d’attirance particulière pour l’enseignement de Sri Aurobindo). Des méditations pendant lesquelles il s’est passé quelque chose, mais je ne sais pas très bien quoi, je pourrai peut-être mettre des mots là dessus dans quelques années ; la (trop courte) méditation dans la chambre de Sri Aurobindo,les méditations dans les grottes de la montagne où a séjourné le Maharshi.
Sinon ça aurait été un voyage touristique uniquement et je savais que ça n’était pas ce que je voulais.
Par ailleurs, et c’est peut-être l’influence de l’ashram, Pondichery, ou le quartier de Pondi dans lequel je me suis balladée, est une ville propre, agréable, le quartier français est calme,et on peut rentrer au guest house à la nuit tombée, toute seule, en jouissant du bonheur de se ballader au bord de la mer, au milieu de la foule des familles indiennes qui baguenaudent, en parfaite sécurité
On a aussi visité Auroville ; j’ai d’abord vu ça comme un immense centre Nouvel Age, (à cause des petites affiches qui proposaient par exemple des massages, sur les murs, ou du développement personnel) puis j’ai apprécié la sincérité des personnes qui nous ont reçu – plus jeunes et d’origine occidentale, pour la plupart ; des gens assez différents de ceux que nous avons rencontré à l’ashram, qui semblent, eux, plus âgés et plus attachés aux formes,ou simplement plus indiens, peut-être ? Mais toutes ces personnes, à Auroville comme à Pondichery, cherchaient toutes, vraiment, et suivant leur cœur, à faire un travail, intérieur à eux-mêmes et extérieur, de qualité, et c’est ça qui compte, finalement. C’est à Auroville que nous avons vu comment les gens ont transformé, en s’attaquant aux problèmes de déforestation et d’irrigation, un désert en forêt et en jardins luxuriants, c’est là que nous avons visité une entreprise de teinture non polluante, qu’ils essaient de faire des maisons écologiques, etc, etc, etc vraiment plein de recherches et d’initiatives et de mises en œuvres pour un monde plus positif demain … j’ai trouvé toute cette visite particulièrement passionnante
Bon, et Tiruvanamalai, donc ? j’étais partie avec un à priori particulier en faveur de Ramana Maharshi, dont j’avais entendu parler pour la première fois chez Arnaud Desjardins, et puis il y avait quelque chose dans ses photos ; j’ai appris, ce que je ne savais pas, qu’il appréciait les animaux, et ça m’a ravie ; (je trimballe maintenant en permanence la photo où le Maharshi est étendu sur son lit à bouquiner avec un lapin apprivoisé contre lui) c’était un grand bonheur de me ballader dans la montagne sacrée d’Arunachala, pour aller méditer dans la grotte où le Maharshi a séjourné. Ceci dit, est-ce que mon enthousiasme tiendrait le coup pour un plus long séjour, faut voir …
Je crois que ce qui me restera, finalement, c’est l’impression d’avoir rencontré une Mère, enfin, dans cette rencontre avec la terre indienne que ses enfants appellent « Mother India ». Bon, je connais le jeu des émotions qui me font naviguer sur des montagnes russes, et je ne sais pas si je serai aussi enthousiaste au prochain voyage …
...mais je n’ai qu’une envie, c’est d’y retourner … Françoise