Extrait et adapté d'un article de Sally Kempton dans YogaJournal (may 09)
Dans le Taittiriya Upanishad, un ancien texte du Yoga Tantrique, un être humain est décrit comme ayant cinq gaines, ou
koshas, qui s'interpénètrent, enveloppant l'âme comme
les couches d'un oignon. La couche la plus extérieure est la gaine physique,
Annamaya kosha, que les sages nommaient corps de nourriture, non seulement parce qu'il est fait de la
nourriture que nous prenons de la terre, mais aussi parce qu'ultimement il redeviendra nourriture pour d'autres créatures. Emboité dans le corps physique, l'interpénétrant et le transcendant se
trouvent les trois couches du corps subtil :
Pranamaya kosha, ou corps d'énergie,
Manomaya kosha, ou corps mental, et
Vijnanamaya kosha, le corps de sagesse ou
corps de connaissance. Et encore plus profondément, on atteint
Anandamaya kosha, le corps de félicité ou de béatitude.
Selon les sages du yoga, pour obtenir une réelle réponse à la question "Qui suis-je vraiment ?" ou "Quel est le sens de ma vie ?", il est nécessaire d'avoir conscience de ces différentes
enveloppes. Cela implique que la conscience de soi passe par la présence dans toutes ces "couches" de nous-même. Et cela demande de la pratique. Bien que nos enveloppe soient actives à chaque
instant, la plupart d'entre nous n'a accès qu'à une ou deux d'entre elles. Par exemple, bien que nous nous décrivions plus facilement en termes physiques (je suis grand ou petit, gros ou mince,
fort ou faible,...) nous passons bien plus de temps dans l'enveloppe mentale, emprisonnés dans nos pensées ou d'autres formes d'activités mentales. Une fois que nous avons appris à
reconnaître la sensation d'être "dans" l'un ou l'autre de nos corps, nous avons non seulement étendu notre conscience d'être mais nous avons aussi beaucoup plus de contrôle sur nos choix et nos
réactions face à un événement.
Il y a plusieurs façons de travailler avec les
koshas. Une des pratiques classiques du Jnana yoga (le yoga de la compréhension aussi connu sous le nom de "voie directe") implique de
déconstruire nos idées à propos de nous-même en détruisant l'identification que nous avons avec chaque
kosha jusqu'à ce que nous transcendions les couches et trouvions un état de pure
conscience et d'absolue félicité.
Bien qu'il s'agissse d'une pratique puissante, elle ne correspond plus vraiment au mode de vie des yogis modernes.
Cependant, les
koshas peuvent nous servir de points de repère pour nous mener à la conscience complète de nous-même. Une fois que l'on devient conscient des "couches" et de la façon dont
elles s'affectent les unes les autres, on commence à profiter des cadeaux quelle recèlent pour nous.
En d'autres termes, lorsque l'on ressentira la présence totale dans le corps physique, plutôt que de flotter à travers la vie en étant détaché de lui, on se trouvera plus centré, plus sain,
moins sujet aux accidents, et plus intuitifs concernant les nourritures et les activités qui nous font du bien.
Quand nous pourrons toucher la capacité d'expansion et de soin dans le corps d'énergie vitale, nous pourrons mettre en mouvement l'énergie stagnante, libérer notre vitalité, et nous connecter à
l'énergie de la nature et des autres.
Quand nous prendrons conscience de notre corps mental, nous pourrons prendre en compte les effets de certaines pensées et arrêter d'accepter aveuglément les pensées et les émotions qui nous
traversent.
L'accès au corps de sagesse nous permettra d'avoir plus de clairvoyance et d'intuition pour garder notre vie sur les rails. Et chaque fois que nous entrerons en contact avec le corps de
félicité, nous reconnaîtrons la bonté fondamentale de la vie.
Annamaya kosha, le corps physique
Bien qu'il s'agisse del'aspect le plus évident et le plus tangible de nous -même, peu d'entre nous ont une idée précise de l'emplacement des organes dans le corps, et de ce qui se passe à
l'intérieur. Bien souvent, on ne ressent ses pieds ou ses muscles que lorqu'ils sont douloureux. Au lieu de ressentir le corps de l'intérieur, on "pense" au corps, simplement parce que notre
énergie et notre attention sont grandement focalisées dans l'espace mental.
Les blessures, les accidents, et même les compulsions alimentaires et autres dépendances viennent de notre tendance à utiliser le corps sans être à son écoute. Si vous avez des difficultés à entrer
dans votre corps physique, il est probable que vous vous sentiez instable, dispersé et plein de peurs. Mais une fois que vous aurez appris à être dans votre corps, à le ressentir de l'intérieur,
vous pourrez prendre des postures de yoga en toute sécurité, sans vous blesser ; vous commencerez à savoir quel type de nourriture vous convient mieux, et en quelle quantité. Votre attention sera
plus centrée. Le fait d'habiter consciemment votre corps vous permettra d'avoir plus de présence et plus d'aisance dans la vie.
Exercice :
Prenez conscience de vos pieds dans vos chaussures. Contractez et relaxez vos mollets. Touchez votre visage et ressentez le contact entre les doigts et la peau. Posez vos mains sur la poitrine et
sentez les battement du coeur. Puis choisissez un organe interne, le foie, le coeur, les reins, et focalisez votre attention dessus. Absorbez vous dans cet organe. Ne vous laissez pas distraire par
les pensées,et revenez encore et encore à votre concentration. remarquez les effets de recentrage et d'enraciment de cette pratique.
Pranamaya kosha, ou corps d'énergie
Cette enveloppe interpénètre le corps physique mais est beaucoup plus grande. Quand vous sentez l'énergie s'épanouir dans votre coeur ou dans votre tête pendant une méditation ou une pratique de
yoga, ou quand des vagues de chaleur traversent votre corps, vous êtes en contact avec le corps d'énergie vitale. Se sentir plein d'énergie, ou au contraire faible, morose, endormi excité ou calme
sont des manifestations du corps énergétique. De la même façons que nous avons une apparence physique, nous avons une signature énergétique. Quand on devient sensible aux énergies subtiles,
on peut reconnaître la signature vibratoire que nous apposons dans un lieu, ou même dans un vêtement.
On constate aussi à quel point les communications avec le monde extérieur se passent au niveau énergétique. considérez par exemple ce que vous ressentez lorsuque vous vous trouvez dans la même
pièce qu'une personne en colère, ou la paix que vous ressentez en vous asseyant sous un arbre ombreux, la transmission subtile d'énergie que vous recevez au contact d'un bon professeur...
La méditation a pour but initial de renforcer le corps d'énergie, tout comme la pratique des
asanas. Nous croyons souvent qu'il s'agit de renforcer les enveloppes mentales et physiques,
mais le yoga et la méditation cherchent surtout à mettre en mouvement les énergies, ou
prana, dans le corps.
Exercice :
Une façon de se relier à la puissance du corps d'énergie est la pratique de se laisser "être respiré". Sans modifier la respiration, on devient attentif au flux du souffle qui entre et sort comme
un flot spontané et naturel. la pensée "Je suis respiré" peut nous aider à nous détendre dans cet exercice. Au bout d'un moment, on va commencer à sentir le souffle comme une énergie, et le corps
plus vaste que les limites de la peau. C'est un signe que l'on est entré dans le corps d'énergie. Au cours de cett expérience, il se peut que la posture se réajuste d'elle-même, que le dos ou les
hanches s'ouvrent. Tels sont les effets de l'ouverture consciente au corps d'énergie, qui est le réservoir de notre capacité d'auto-guérison.
Manomaya kosha, ou corps mental
Ce corps, dans lequel nous pensons, imaginons, rêvons, fantasmons et pratiquons le mantra ou les affirmations, est une partie de nous qui donne du sens au monde dans lequel nous vivons. Mais
exactement comme le corps physique est fait de couche successives de peau, de graisse, de sang et d'os, le corps mental est composé lui aussi de couches. La plus superficielle d'entre elles
comprend les pensées qui passent,les images , les perceptions, les émotions qui remontent à la surface de notre monde intérieur. Cependant, si certaines des pensées dans
Manomaya kosha
sont comme des bulles dans l'océan, d'autres sont comme les eaux profondes. Les couches les plus intérieures contiennent de puissantes structures mentales formées par nos croyances, opinions,
suppositions, absorbées de notre famille, de notre culture, et aussi de l'accumulation de nos représentations mentales. Ces pensées profondes, qu'on appelle
Samskaras en sanskrit, sont
inscrites dans le corps mental et fixent dans des schémas la perception que nous avons de nous-même, de notre vie. Quand on examine le contenu de
Manomaya kosha, on constate que ces
schémas prennent la forme de pensées répétitives comme
"Ce n'est pas comme ça que ça devrait être" ou
"Je ne suis pas assez bien". Les
Samskaras colorent nos expériences,
mais aussi leur donnent forme, et c'est pourquoi l'une des pratiques les plus efficaces est de prendre note et de questionner les "histoires" qui traversent inconsciemment et répétitivement notre
esprit.
Exercice :
Essayez ce questionnement de base à propos de vous-même (développé par l'enseignant spirituel Byron Katie) : Choisissez une situation lourde de votre vie. Ecrivez vos pensées à son sujet. Puis, une
par une, prenez les en considération et demandez-vous :
"Que serais-je sans cette pensée ?". Soyez attentif aux modifications de votre respiration, de votre énergie et de votre mental au
cours de l'expérience. Remplacez consciemment cette pensée par une autre qui vous semble plus réelle, plus puissante, telle que
"Je suis libre de choisir mes attitudes" ou
"Il y a une
autre point de vue possible à cela". Remarquez comme cette nouvelle pensée amène plus d'espace dans votre esprit.
Vijnanamaya kosha, le corps de sagesse ou corps de connaissance
Tout en explorant votre monde intérieur, vous constaterez peut-être qu'en plus des pensées, il y a des choses qui viennent d'un niveau plus profond et plus subtil de votre être. Ce genre de
certitudes intérieures vient du corps de sagesse, le niveau qui se compose de l'intuition et de la connaissance. Le corps de sagesse est aussi responsable du discernement. Si vous vous plongez dans
un travail d'écriture, de peinture, de maths ou simplement pour résoudre un problème, vous accédez à votre corps de sagesse.
Lorsqu'un blocage surgit dans la résolution d'un problème, on peut formuler la question qui se pose et s'asseoir pour méditer. A un certain moment, quand les pensées s'apaisent, notre sagesse
peut s'exprimer. Certain vivent cette expérience en dormant. le matin au réveil, la solution est là, lumineuse.
Le corps de sagesse, à son niveau le plus subtil, s'exprime simplement par la conscience, la partie de nous-même qui observe objectivement. Cela se produit lorsque nous cessons de nous identifier
avec nos pensées et que nous devenons témoins de notre esprit et de notre vie.
Exercice :
Juste maintenant, constatez qu'il y a quelque chose en vous qui vous observe en train de lire. Ce même "je" qui observe est conscient de vos pensées, votre humeur, votre ressenti corporel, votre
niveau d'énergie.
Anandamaya kosha, le corps de félicité
Le corps de félicité est la part la plus secrete de nous-même, et pourtant sa présence subtile nous fait ressentir instinctivement que la vie vaut d'être vécue, que c'est bon d'être
vivant. Nous sommes nés bienheureux, et le corps de félicité est la couche la plus profonde de notre être, de notre Soi personnel. Séparé d'un fil du Soi universel, notre corps de félicité est
naturellement rempli d'extase, de dynamisme et de bonté. Le contact avec le corps de félicité se développe en pratiquant, tout particulièrement la répétition d'un mantra, la méditation, la prière,
qui enseignent à l'esprit à laisser aller les pensées qui voilent le corps de félicité. Pour le pénétrer complètement, cependant, il est généralement nécessaire de se trouver dans un état de
profonde méditation. Lorque l'on se trouve en contact avec son corps de félicité, on sait que notre nature est joyeuse et libre, et capable de toutes les nuances de bonheur, de la joie extatique au
simple contentement. C'est alors que l'on reconnait, non pas intellectuellement mais viscéralement, que l'amour est la plus profonde réalité, au -delà des constructions mentales ou des idées. En
fait, l'un des plus beaux cadeaux du yoga est sa capacité à nous éveiller à notre corps de félicité.
Exercice :
Demandez-vous :
"où est la béatitude ?", sans à-priori, et reliez-vous à votre espace intime de tendresse, de joie, de contentement qui peut se manifester dans les moments les plus
inattendus. Ouvre-vous à la possibilité que la félicité soit votre nature véritable. Ne vous inquiétez pas si vous ne sentez rien au début. Le corps de félicité demande du temps pour s'ouvrir. Pour
beaucoup, il ne se révèle qu'après des années de pratique assidue. Cependant on peut en avoir un aperçu dans un moment particulier comme une soirée de
chant de kirtan ou une méditation sur le coeur, ou dans une relaxation profonde en
savasana. Lorque ils se révèle alors,
cela peu sembler miraculeux, comme un cadeau, et pourtant complètement naturel. Votre essence est félicité. Mais il se peut que vous deviez apprendre à vous tourner vers l'intérieur pour pouvoir le
reconnaître.
Quoi qu'il en soit, il est possible d'être conscient de soi dans toutes nos enveloppes, dans tous nos corps. C'est lorsque nous sommes conscient et présents dans toutes nos
koshas, que
nous nous éveillons à notre propre vie, et nous intégrons toutes les parties de nous-même. Il devient alors naturel de ressentir le Soi universel qui s'exprime à travers notre propre Soi. Nous
devenons ainsi comme les plus grands sages de la tradition du yoga, qui sont éveillés dans tous leurs corps et éveillés à ce qui est au-delà d'eux-même.
traduit de l'américain par nathalie